L'envoi d'un manuscrit sans une lettre d'accompagnement
(vous êtes en position de solliciteur) est maladroit, contraire
aux bonnes règles. Mais le but de cette lettre n'est pas
de défendre votre oeuvre, d'argumenter, encore moins de
vous faire valoir. Personne ne vous demande de raconter
votre vie, ni de proclamer des déclarations d'intention.
Cette lettre devra être concise (les éditeurs
et les directeurs littéraires sont des gens pressés),
neutre, polie sans être obséquieuse, sans
fautes d'orthographe ni ratures.
Les seuls renseignements utiles pour l'éditeur peuvent
être votre âge et votre profession. Évitez
cependant de mentionner votre âge si vous avez
plus de soixante ans. Les éditeurs recherchent des
auteurs ayant une perspective de carrière plus que
des retraités. Une déclaration du type "
après une vie professionnelle et familiale bien
remplie, je peux enfin reprendre ma passion de l'écriture
" pourra être cruellement traduite chez l'éditeur
par " encore un écrivain raté qui
berce ses vieux jours avec les illusions de son adolescence
". Bien entendu si pendant quarante ans vous avez écrit
avec ténacité, entassant vos manuscrits les
uns sur les autres, cette remarque ne vous concerne pas.
Il y a en outre de fortes chances que vous ne soyez plus
un débutant, que votre travail acharné ait
été récompensé au moins une
fois.
La profession n'est pas indifférente non
plus. A mérite égal, un journaliste, un présentateur
de télé, un politicien, parce qu'ils sont
hommes publics, ont plus de chances d'être édités
qu'un cultivateur, une concierge ou un poissonnier.
Aucun de ces conseils ne concerne évidemment l'édition
à compte d'auteur. Votre lettre peut être
démesurément longue, enflée, prétentieuse,
votre âge de débutant canonique, cela n'empêchera
pas l'éditeur d'émettre un choix favorable
à votre égard, car ce qu'il recherche dans
l'auteur, c'est le client et son argent.
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