RÔLE RÉEL, RÔLE SYMBOLIQUE
Le comité de lecture a pour fonction de détecter parmi
les manuscrits reçus ceux qui sont intéressants et
seront, peut-être, édités. Chez les grands éditeurs, le
comité de lecture est un service à part entière. Chez les
petits, c'est l'éditeur lui-même qui assure la fonction.
Le lecteur d'un tel comité est un lecteur légitimant.
Tout manuscrit accepté par un éditeur normal entraîne, de
facto, une reconnaissance de la parole, du dire
de l'auteur. Avant même d'être publié, le candidat
à l'édition existe déjà en tant qu'écrivain reconnu.
Son manuscrit vient d'être validé par ses pairs, spécialistes
de la littérature, de la chose écrite. La fonction écrire
de l'auteur est, chez un éditeur traditionnel, légitimée
au moins 2 fois. Légitimée une première fois par le comité
de lecture, elle est légitimée une seconde fois par l'éditeur
qui prend le risque d'opérer son lancement.
Plus la sélection est draconienne ou perçue comme
telle, plus il est valorisant pour l'auteur d'avoir été
retenu. Les éditeurs à compte d'auteur, particulièrement
quand ils sont abusifs, n'ignorent pas l'importance symbolique
du comité de lecture. Ils font très souvent état d'un tel
comité afin de faire croire à une sélection existante.
CRITÈRES
DE SÉLECTION
Le comité est généralement composé de lettrés (auteurs
"maison", critiques littéraires, étudiants en maîtrise ou
en doctorat de lettres, enseignants et érudits). Dans l'édition
traditionnelle on peut dire qu'en général les critères de
sélection sont les suivants:
- qualités littéraires et style
- intelligence et originalité des idées
- conformité à la politique générale de la maison.
Ces critères permettent de donner la " note
littéraire". La " note commerciale"
reste le fait du Prince : l'éditeur prenant la décision
finale d'investir ou non dans l'édition de l'ouvrage.
L'édition a compte d'auteur publie sans risque
et n'opère pas de validation commerciale. Dans sa
logique, il n'y a pas de critères de sélection.
Quand ils existent, ils sont, soit pervertis (faire croire
à l'auteur que son manuscrit est bon, malgré
quelques propositions de retraits), soit minimaux (s'épargner
la diffamation). Chez les vrais éditeurs, le taux
de refus des auteurs débutants varie entre 99 pour
cent et 999 pour mille. Chez les éditeurs à
compte d'auteur, c'est l'inverse.
FONCTIONNEMENT
La sélection d'un comité de lecture se fait
en trois étapes :
1) Le déballage : à l'ouverture du
manuscrit, les oeuvres non conformes aux genres publiés
(erreurs d'aiguillage), les manuscrits "manuscrits"
repartent sur la pile des retours.
2) L'écrémage : le manuscrit va être
lu "en diagonale" (quelques pages par ci par là)
par un lecteur de la maison qui en 5 minutes se fera une
opinion. A ce stade, 94% des manuscrits prennent le chemin
du retour, accompagnés d'une lettre type, ménageant
la susceptibilité de l'auteur.
3) La lecture approfondie : le manuscrit est mis
en lecture auprès d'un ou plusieurs lecteurs, extérieurs
d'abord, maison ensuite. II sera lu entièrement,
une ou plusieurs fois. Les refusés de ce stade pourront
se voir gratifiés d'une lettre critique personnalisée,
mais rien n'oblige l'éditeur à le faire. L'éditeur
n'est pas un "conseiller littéraire".
Si les délais sont longs, même pour
les 2 premières phases, c'est que les éditeurs
sont surchargés, qu'il est de bon ton de faire patienter
les candidats amateurs, que le service des retours ne constitue
pas une tâche prioritaire dans les nombreuses activités
de la maison.
C'est un service qui coûte de l'argent à l'éditeur.
II est gratuit donc rien n'oblige l'éditeur à
justifier ses refus. II fait partie de la déontologie
de la profession. Même si beaucoup d'éditeurs
trouvent leurs auteurs par d'autres canaux que celui des
manuscrits d'inconnus, arrivant par la poste, bien peu souhaitent
le supprimer. Le manuscrit sur cent ou mille de l'auteur
inconnu est un peu le ballon d'oxygène de la maison.
II paie l'éditeur des vicissitudes des autres lectures.
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